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Demian (extrait et citations)" de Hermann HESSE
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Re: Demian (extrait et citations)" de Hermann HESSE
Demian (extrait et citations)" de Hermann HESSE
issu du roman « Demian », dont la traduction a été assurée par Denise
Riboni, revue et complétée par Bernadette Burn – éditions Stock.
Citations
issu du roman « Demian », dont la traduction a été assurée par Denise
Riboni, revue et complétée par Bernadette Burn – éditions Stock.
(...) Pour
un homme conscient, il n'était aucun, aucun autre devoir de se chercher
soi-même, de s'affirmer soi-même, de trouver en tâtonnant son propre
chemin, quel qu'il fût. Cette révélation qui était le fruit de ma
rupture avec Pistorius m'ébranla fortement. souvent, je m'étais plu à
jouer avec les images de l'avenir. Souvent j'avais rêvé de rôles qui
devaient m'être assignés, comme poète peut-être, ou comme prophète ou
comme peintre. Tout cela en vain ! Pas plus qu'un autre, je n'étais
ici-bas pour composer des poèmes ou pour prêcher, ou pour peindre. Tout
cela était accessoire.
La vraie mission de chaque homme était
celle-ci : parvenir à soi-même. Qu'il finisse poète ou fou, prophète ou
malfaiteur, ce n'étais pas son affaire ; oui, c'était en fin de compte
dérisoire ; l'important, c'était de trouver sa propre destinée, non une
destinée quelconque, et de la vivre entièrement. Tout le reste était
demi-mesure, échappatoire, fuite dans le prototype de la masse et peur
de son propre moi. L'idée nouvelle, terrible et sacrée, se présenta à
mon esprit, tant de fois pressentie, peut-être souvent exprimée déjà,
mais vécue seulement en ce moment même. J'étais un essai de la nature,
un essai dans l'incertain, qui, peut-être, aboutirait à quelque chose
de nouveau, peut-être à rien ; laisser se réaliser cet essai de sein de
l'Inconscient, sentir en moi sa volonté, la faire entièrement mienne,
c'était là ma seule, mon unique mission.
(...) Or,
celui qui, véritablement, ne veut rien d'autre que sa destinée, n'a
plus de semblables ; il reste seul, comme Jésus à Gethsémani, entouré
seulement des espaces glacés de l'univers. Il y a eu des martyrs qui se
sont fait crucifier volontiers, mais ils n'étaient pas des héros. Ils
n'étaient pas délivrés. Ils voulaient quelque chose de cher et
d'intime. Ils avaient un modèle ; ils avaient un idéal. Mais celui qui
ne veut que sa destinée n'a plus ni modèle, ni idéal, ni rien de cher
et de consolant autour de lui. Et ce serait ce chemin-là qu'il faudrait
prendre. Des hommes comme vous et moi sont bien solitaires, mais ils
possèdent le compensation secrète d'être autres, de se rebeller, de
vouloir l'impossible. A cela aussi il faut renoncer quand on veut
parcourir son chemin jusqu'au bout. Il faut arriver à ne vouloir être
ni un révolutionnaire, ni un exemple, ni un martyr. C'est inconcevable.
Oui,
c'était inconcevable, mais on pouvait en rêver, on pouvait le
pressentir. Parfois, dans mes heures de solitude, j'en avais
l'avant-goût. Alors je regardais en moi et je voyais l'image de ma
destinée. Je contemplais ses yeux fixes. Qu'ils fussent pleins de
sagesse ou de folie, qu'ils exprimassent l'amour ou la perversité la
plus profonde, peu importait. Il ne fallait rien choisir, rien vouloir.
Il ne fallait vouloir que soi, que sa propre destinée. C'est en cela
que Pistorius m'avait servi de guide sur une partie de mon chemin.
Ces
jours-là, j'errais comme un aveugle. La tempête grondait en moi. Chacun
de mes pas était danger. Devant moi, je ne voyais que l'obscurité de
l'abîme où se perdaient tous les chemins. Et, en moi, je voyais l'image
du guide qui ressemblait à Demian et dans les yeux duquel était
inscrite ma destinée.
J'écrivis
sur un morceau de papier : « Un guide vient de m'abandonner. Je suis
dans les ténèbres complètes. Seul, je ne puis faire un pas. Viens à mon
secours ! »
J'avais
l'intention d'envoyer ces lignes à Demian, mais j'y renonçai. Chaque
fois que je voulais le faire, cela m'apparaissait puéril et dénué de
sens. Mais je savais la petite prière par coeur et souvent, je la
prononçait mentalement. Elle m'accompagnait constamment. Je commençai à
pressentir ce qu'est la prière.(...)
Citations
« L'homme
que vous voudriez tuer n'est pas monsieur Untel ; il n'est qu'un
déguisement. Quant nous haïssons un homme, nous haïssons dans son image
quelque chose qui réside en nous. Ce que nous ne portons pas en nous,
ne peut nous toucher. »
« Debout
à un coin de rue, près de deux cabarets, j'écoutais s'épancher dans la
nuit la gaieté mécanique des jeunes gens. Partout, l'on se réunissait,
l'on se groupait, l'on fuyait sa destinée, l'on se réfugiait dans la
chaude atmosphère du troupeau. »
« Les hommes se réfugient les uns auprès des autres parce qu'ils ont peur les uns des autres. »





















