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le capitalisme sombre sous l’immoralité, par Michel Rocard

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le capitalisme sombre sous l’immoralité, par Michel Rocard

Message  Admin le Lun 17 Mar - 22:01

Le 28 mai 1890, Jean Jaurès publiait dans La Dépêche du
Midi un superbe éditorial qu’il titrait "Patrons français, soyez fiers
de l’être". Dans cet hymne à tous ceux qui exercent la difficile
fonction de direction dans l’art de produire, il dit à la fois son
admiration et son intelligence profonde de leurs risques, de leurs
difficultés et de leurs peines. Il fixait en même temps, on l’a trop
oublié, la ligne générale de la social-démocratie internationale dès
lors que celle-ci a abandonné l’idée de remplacer le capitalisme et sa
brutalité mais aussi l’économie de marché par l’administration
centralisée de l’économie plus ou moins appuyée sur l’appropriation
collective des moyens de production et d’échange.

Assurant la liberté d’entreprendre, de produire et de
commercer, l’économie de marché est à la fois le point d’ancrage et la
garantie de la liberté tout court dans notre civilisation. Elle est
vieille de plus de trois mille ans. Vieux, lui, d’à peine plus de deux
cents ans, le capitalisme y a ajouté - par la machine et l’épargne
collectivement utilisée - un système de production de masse inouï dont
on n’a jamais inventé ni l’équivalent ni le substitut.

Dès la fondation du capitalisme, nombreux furent ceux
qui remarquèrent qu’il avait d’autant plus besoin d’éthique qu’il avait
moins besoin de règles. Les créateurs de la théorie économique qui
l’encadrait étaient presque tous des moralistes : Adam Smith, David
Ricardo, François Quesnay... Et l’un des plus rudes patrons industriels
de la première moitié du XXesiècle, Henry Ford, estimait que la
capacité du capitalisme à éviter les règles étatiques paralysantes
était directement liée à sa capacité de s’imposer une éthique
exigeante. Notamment, par exemple, le principe qu’un patron ne saurait
se payer plus de quarante fois le salaire moyen de ses salariés. Cette
règle fut respectée jusque vers les années 1990.

Il est utile de se souvenir de tout cela quand explose
en France le scandale de l’UIMM, aggravé du scandale de l’indemnité de
départ de Denis Gautier-Sauvagnac - vingt-six fois le salaire annuel
d’un agrégé de l’université - et compliqué du refus de la fédération
patronale de la métallurgie d’accepter la remise en ordre exigée par la
présidente du Medef, Laurence Parisot. Cette très efficace et droite
présidente de PME a bien compris que l’affaire était essentielle. A
l’évidence, il y a du souci à se faire si le système devient illégitime
et inacceptable. Mais il y a beaucoup plus. Cet incident survient à un
moment où tous les pronostics de croissance économique sont révisés à
la baisse, où une crise bancaire et financière fait rage, bref où il
semble que nous entrions dans une récession mondiale.

L’ouverture de la crise se fait dans le secteur des
prêts hypothécaires américains. Elle est le résultat d’une technique
bancaire nouvelle consistant à prêter massivement de quoi devenir
propriétaire de son logement à toute une population aux revenus moyens
ou faibles, sans se soucier des possibilités de remboursement. L’espoir
du gain pour les prêteurs n’est plus fondé sur le paiement des loyers,
mais sur la valeur des maisons que l’on expropriera et revendra autant
que nécessaire. Un million trois cent mille Américains ont été ainsi
expropriés ces deux dernières années et trois millions d’autres sont
menacés. L’effondrement du système traduit la résistance sociale à
cette situation. La rapacité bancaire s’est là débarrassée de tout
scrupule découlant du fait que ses victimes étaient des êtres humains.
La cause majeure de la crise est clairement l’immoralité.

Deuxième élément. Les détenteurs de ces créances
douteuses savaient fort bien que les titres dont ils s’étaient ainsi
rendus propriétaires étaient frelatés. Plutôt que d’analyser, de
provisionner et de soumettre le tout aux régulateurs nationaux ou aux
agences de notation, ils ont préféré mélanger ces titres avec d’autres,
moins incertains, pour revendre dans le monde entier de tels paquets de
crédits, dont le mélange avec des crédits dérivés assurait l’opacité
totale. C’est une deuxième immoralité massive, également liée à
l’esprit de lucre. Et c’est ainsi que toutes les grandes banques de la
planète ont vu leurs bilans infestés de créances incertaines dont le
montant est imprévisible : on parle de centaines de milliards de
dollars. Les banques se sont mises à se méfier les unes des autres, et
donc ne se prêtent plus, ce qui est le mécanisme même de l’aggravation
de la crise financière en même temps que de sa transmission à
l’économie physique, réelle. Ainsi nous acheminons-nous vers une
récession aux proportions incalculables.

Troisième élément. Tout cela n’aurait peut-être qu’une
gravité limitée à la seule sphère financière si au même moment nous ne
rencontrions pas les prodromes d’une crise économique. De 1945 à 1975,
le capitalisme reconstruit d’après-guerre, parce que sérieusement
régulé, a connu dans le monde développé une croissance régulière et
rapide (5% par an), une absence complète de crises financières
internationales et surtout le plein-emploi partout.

Depuis les années 1990, la croissance est molle,
inférieure de plus de moitié aux scores de l’ère précédente, les crises
financières régionales ou mondiales se multiplient, et le quart de
toutes nos populations sont soit au chômage, soit en travail précaire,
soit encore exclues du marché du travail et tout simplement pauvres.

La principale cause de ce drame planétaire est le
réveil de l’actionnariat. Celui-ci, plutôt maltraité de 1945 à 1975,
s’est réveillé et puissamment organisé en fonds de pension, fonds
d’investissements et fonds d’arbitrage ou hedge funds. Il a pris
souvent le pouvoir et toujours de fortes minorités dans toutes les
grandes entreprises de la planète. Il a partout pressuré les revenus du
travail pour assurer de meilleurs dividendes. En trente ans, la part
des revenus directs et indirects du travail a perdu près de 10% dans le
partage du PIB dans tous les pays développés au bénéfice du profit et
non de l’impôt.

La stagnation des salaires réels, l’externalisation des
tâches vers des PME sans syndicats et soumises à l’aléa des
renouvellements de contrats, la multiplication des contrats précaires
et bien sûr la multiplication des OPA, moyens de soumettre les
directions à l’obligation de mettre en œuvre ces pratiques, sont les
diverses formes de diffusion de ces politiques. La baisse des revenus
salariaux dans le PIB est celle des revenus les plus disponibles pour
la consommation, qui, faute de moteur, devient faible. C’est
l’essentiel de nos classes moyennes supérieures, qui, via les
placements boursiers, a mis ses espoirs dans le gain en capital et non
plus dans le résultat du travail. Nouvelle immoralité.

Quatrième élément. Les générations d’aujourd’hui
deviennent âpres au gain. On a appris il y a deux ans comment les
grandes banques ne peuvent actuellement éviter de surpayer leurs
traders : ils s’en vont en Asie. Jérôme Kerviel a même démontré comment
on pouvait être désintéressé pour soi-même en servant, jusque dans la
démesure, un système fou d’accaparement. Les indignités cumulées d’un
Antoine Zacharias [ancien PDG de Vinci qui a perçu 13 millions
d’indemnités] ou d’un Noël Forgeard [ex-président d’EADS parti avec une
prime de 8,5 millions d’euros], ou celles de l’UIMM sont presque peu de
chose comparées à ce qui se passe ailleurs. Siemens, Volkswagen et la
Bundespost sont confondues de corruption ou de fraude fiscale. Le
nombre de sociétés en délicatesse avec la justice pour cause de
trucages comptables, de délits d’initiés ou d’abus variés devient
inquiétant. Nombre d’entre elles sont poussées à ces délits par leurs
propres cadres.

Pour moi, la cause est entendue : le capitalisme sombre
sous l’immoralité. Nous sommes en train de découvrir qu’il risque
techniquement d’y succomber. Tel est le contexte de l’affaire de
l’UIMM. Ne sourions pas de ce combat sans merci interne à une catégorie
de gens à laquelle nous n’appartenons pas : les riches. Le problème est
que leur voracité menace le système lui-même dans lequel nous vivons.
Le combat de Mme Parisot nous concerne donc tous : il ne s’agit pas
seulement de redonner sa dignité à un système qui en a bien besoin,
mais surtout de lui permettre de revenir à un fonctionnement efficace
et régulier. Nous avons choisi la libre entreprise. Elle exige de bons
patrons, respectables et intègres. Sans éthique forte, il n’y a plus de
capitalisme. Il va probablement devenir nécessaire que la règle
publique y pourvoie.

Michel Rocard est député socialiste européen et ancien premier ministre

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Date d'inscription : 16/03/2008

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